Robbie Waisman était prisonnier au camp de concentration de Buchenwald en Allemagne. Il avait 15 ans lorsque les soldats alliés sont arrivés au camp le 11 avril 1945. Il se souvient du moment de la libération et des espoirs qu’il avait en l’avenir. (3 minutes, 51 secondes)  

Témoignage de Robbie W., 2010. Vancouver Holocaust Education Centre, extrait du témoignage AVT 244

Transcription

[Texte : Robbie, prisonnier au camp de concentration de Buchenwald en Allemagne, avait quinze ans lorsqu’il a vu les soldats alliés arriver aux portes du camp le 11 avril 1945.]  

Robbie Waisman : J’ai regardé l’horloge, il était quatre heures moins dix. Et quand j’ai regardé de nouveau, j’ai vu du mouvement. C’est à ce moment-là que j’ai vu les « GI » arriver. Les soldats américains. J’ai supposé qu’il s’agissait de soldats américains parce qu’ils avaient une apparence différente.   

Ils avaient l’air différents. Leurs uniformes étaient différents, leurs casques étaient différents. Tout chez eux était différent. Nous avions suffisamment vu l’armée allemande et les SS allemands pour constater la différence. On pouvait le voir en un coup d’œil.   

Peu de temps après, j’ai vu les soldats américains, et puis, derrière eux, j’ai vu ces hommes noirs arriver.   

Nous n’avons pas beaucoup bougé au début, car nous étions abasourdis. Nous ne savions pas ce qui se passait. Mais les visages de ces hommes noirs étaient gravés dans ma mémoire.   

Par la suite, bien sûr, l’un de ces hommes était le Dr Leon Bass, qui avait alors 19 ans. Mais il est finalement retourné aux États-Unis et est devenu enseignant, puis a obtenu un doctorat et a été très actif depuis ce temps.   

Quarante ans plus tard, je crois qu’il y a trois ou quatre ans, il a décidé que ce qu’il avait vu à Buchenwald lorsqu’il est venu nous libérer était trop précieux pour qu’il puisse le taire. Il a donc décidé de sortir au grand jour et de commencer à en parler. Il a aussi donné des conférences dans différentes écoles. Il s’est amené ici à Vancouver.  

Le premier réflexe que nous avons eu instinctivement, c’est de se toucher. Nous voulions nous sentir, voir que tout ça était réel. Et en parlant au Dr Leon Bass, j’ai commencé à comprendre pourquoi et comment il se sentait. Il avait seulement 19 ans. Il n’était pas préparé à ce qu’il a vu à Buchenwald. L’armée ne les a pas préparés, ils ne l’ont pas fait… bien sûr, comment auraient-ils pu les préparer à ça? Ils n’étaient pas au courant des atrocités commises contre les juifs.   

Le seul crime que ces gens avaient commis était d’être juifs.   

De ma perspective, je ne comprenais pas et je ne savais pas ce qui s’était passé. Il m’a fallu des années et des années pour… tout assimiler l’information et vraiment réaliser ce qui s’était passé. Tout d’abord, je pensais que toute ma famille était encore en vie, à l’exception peut-être de mon frère que je savais décédé.   

Et, après la libération, nous voulions simplement retourner à nos vies et reprendre ce que nous avions laissé derrière. Rentrer chez nous, rejoindre notre famille, retourner à l’école et tout ça… que nous retrouvions tout ça en un éclair. Oh, merveilleux, je rentre à la maison. Et nous étions remplis d’euphorie. Nous marchions sur des nuages.