David Feldman était un enfant survivant originaire de la Pologne. Après la Seconde Guerre mondiale, il a demandé l’immigration au Canada dans le cadre du projet Tailor. (4 minutes, 31 secondes)  

Témoignage de David F., 2012. Vancouver Holocaust Education Centre, extrait du témoignage AVT 267.

Transcription

[Texte : David, un enfant survivant de l’Holocauste originaire de Pologne, décrit ses efforts d’après-guerre visant à demander l’immigration au Canada dans le cadre du projet Tailor.]  

David Feldman : Puis est venu le temps de l’inscription. Les gens s’inscrivaient. Ils avaient besoin de gens pour travailler, comme bûcherons, ouvriers domestiques ou autre chose… comme tailleurs. L’Australie, la Nouvelle-Zélande ou le Canada. Pas les États-Unis. Vous vouliez demander quelque chose?  

Intervieweur : J’allais vous demander quels pays?  

David Feldman : D’accord, les trois pays sont le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Nous nous sommes inscrits partout. Un grand nombre d’entre nous s’est inscrit partout comme tailleurs, bûcherons… n’importe quoi.   

Donc, j’étais encore à l’école, et puis nous avons eu de la chance. Le premier groupe qu’ils recherchaient était celui des tailleurs pour aller au Canada.   

Nous sommes partis au Canada. Après tout, quelle est la différence? On ne connaît personne dans tous ces pays. Quoi qu’il en soit, certains sont allés en Australie et d’autres au Canada. Nous nous sommes inscrits comme tailleurs, mais aucun d’entre nous n’était tailleur.   

D’accord? Donc, pour passer l’examen, nous avons envoyé un tailleur. Il est entré et il a dit : « Je suis David Feldman ». Asseyez-vous, d’accord, donnez-moi ceci… deux minutes à la machine et d’autres tâches, et tout le processus. Ils lui ont donné un bout de papier indiquant que c’est un tailleur. David Feldman est un tailleur.   

Nous l’avons tous payé cinq marks, ou quelque chose comme ça. Et il était très heureux de faire ça pour nous. Ils ont vraiment… c’était plus ou moins une simple formalité, car ils n’ont pas le choix d’avoir des processus de formalité. Bref, c’est ainsi que nous sommes allés au Canada.   

Bon, je suis parti au Canada en octobre 1948. Bien sûr, nous sommes partis en bateau environ 10 jours avant. Et le navire s’appelait le Samaria. Non, il y avait deux navires jumeaux, le Scythia et le Samaria, nous sommes venus sur le navire Scythia.   

Nous sommes d’abord allés à Québec; puis, de Québec, nous sommes allés à Montréal. Nous étions 13 jeunes hommes célibataires. Nous voulions rester, nous voulions aller à Toronto.   

Parce que nous avions… non, ils voulaient nous envoyer à Winnipeg, mais il y a des gens qui y sont allés avant nous. Et nous avions entendu dire qu’il fait très froid à Winnipeg. Donc, nous voulions rester à Toronto, mais non. Toronto, c’était seulement pour les familles. Les célibataires pouvaient aller à Winnipeg.   

Nous n’étions pas contents. Ensuite, ils ont voulu nous envoyer à Sherbrooke, qui se situe en marge de Toronto ou de Montréal, quelque chose comme ça. Oui, en marge de Montréal. Seuls les tailleurs allaient là-bas. Mais aucun d’entre nous n’était tailleur. Nous avions peur d’y aller et d’être renvoyés en Allemagne. Quoi qu’il en soit, le gars qui s’occupait de nous était un juif canadien de Toronto ou de Montréal. Il nous a regardés et nous a dit : « Je vois que vous êtes mécontents. » Il parlait évidemment yiddish. Je connaissais quelques mots d’anglais. Alors, j’étais le porte-parole. Il nous a dit : « Et bien, aimeriez-vous aller à Vancouver? » « Qu’est-ce que Vancouver? » « Oh », dit-il, « À Vancouver, il fait beau et chaud. Il n’y a pas beaucoup de Juifs, mais ce sont tous des Juifs riches qui vivent là-bas. »  

 Nous avons entendu dire que c’était agréable et chaleureux. Nous avons mis deux secondes avant de nous regarder en disant : « Allons à Vancouver ». C’est ce que nous avons dit. Nous avons donc attendu encore quelques jours, le temps qu’ils prennent toutes les dispositions nécessaires.   

Ils nous ont donné des sandwichs et nous ont fait embarquer dans le train. Le trajet nous a pris environ trois ou quatre jours, je ne me souviens plus. Et le train est finalement arrivé à Vancouver en octobre. Il faisait beau et chaud. C’était magnifique. Nous sommes arrivés à Vancouver. Nous étions heureux. Et c’est comme ça que ça s’est passé à Vancouver.