La mère de Peter Suedfeld a fait en sorte qu’il soit introduit clandestinement dans un orphelinat de la Croix-Rouge internationale. (3 minutes, 25 secondes)  

Témoignage de Peter S., 2013. Vancouver Holocaust Education Centre, extrait du témoignage AVT 271.  

Transcription

[Texte : Craignant pour la sécurité de son enfant unique, la mère de Peter a fait en sorte qu’il soit introduit clandestinement dans un orphelinat de la Croix-Rouge internationale.]  

Peter Suedfeld : Comme je l’ai dit, je ne sais pas comment ma famille a découvert cette information, mais ils ont décidé de me faire entrer clandestinement dans l’un de ces orphelinats.   

Et la femme qui avait été la bonne de mes grands-parents, l’équivalent de celle que nous avions, qui leur était très dévouée et qui sentait aussi qu’elle faisait partie de la famille, s’est portée volontaire pour essayer de me faire passer par Budapest, en traversant le pont jusqu’à Buda pour m’emmener à cet orphelinat. C’était très courageux de sa part. Elle risquait vraiment sa vie.   

Si nous avions été pris, elle aurait été emportée, et moi aussi. Donc, pour y arriver, elle a dû m’enlever mon étoile jaune, ce qui était un crime capital.   

Mais je ne pouvais pas sortir avec une étoile jaune, car nous étions en pleines heures du couvre-feu.   

À cette époque, les tramways ne circulaient pas selon un horaire régulier. De temps en temps, un tramway passait. Et la plupart des ponts avaient été bombardés. Ainsi, nous marchions sur des planches posées sur les trous où les bombes étaient tombées. Elle m’a donc emmené, et je ne me souviens pas combien de temps le trajet nous a pris, mais ça nous a pris beaucoup de temps. Nous avons gravi les collines de Buda dans un terrain escarpé. Pest présente un terrain relativement plat. Elle a trouvé l’orphelinat, elle m’a emmené là-bas et elle m’a expliqué la situation.   

Et les femmes responsables, les responsables étaient toutes des femmes, m’ont emmené quelque part, dans une autre pièce, et m’ont posé des questions auxquelles j’ai répondu. Et puis ils ont renvoyé la bonne qui m’y avait emmené. Elle avait accompli sa mission. Elle avait fait ce qu’elle devait faire.   

Et puis, finalement, dans les jours qui ont suivi, ils m’ont obtenu de faux papiers, avec un faux nom chrétien. Parce que Suedfeld n’était pas un nom juif, mais ce n’était pas non plus un vrai nom magyar. Ça ne sonnait pas vraiment hongrois. Alors, ils m’ont donné un nom hongrois, qui était Sugár Peter. S-U-G-A avec un R bien accentué, qui signifie un rayon, comme un rayon de soleil.   

Alors, elles m’ont donné des papiers sur lesquels figurait ce nom. Elles m’ont aussi appris toute une histoire à mémoriser sur le fait que mon père était dans l’armée, que ma mère ne pouvait pas prendre soin de moi… tout ce genre de renseignement. Et que j’étais chrétien, bien sûr, elles m’ont appris comment me comporter dans une église catholique, car l’orphelinat allait à l’église tous les dimanches, pour que personne ne soupçonne que quelque chose n’était pas normal chez nous.   

Alors, j’ai appris quand m’agenouiller, quand faire le signe de croix, etc. On m’a averti de ne jamais mentionner à personne mon vrai nom, ni que j’étais juif, ni que quoi que ce soit à propos de mon histoire n’était pas vrai.   

Surtout, il ne fallait pas que personne ne me voit nu dans la salle de bain parce que j’étais circoncis, et que c’était un signe évident que portaient les Juifs à l’époque.   

Alors, j’étais là, avec environ 25 ou 30 autres enfants.   

À partir de ce moment-là, jusqu’à ce que l’armée soviétique nous libère, je ne savais rien de ce qui se passait à l’extérieur. Il n’y avait ni radio ni journaux.   

Personne ne venait nous donner des nouvelles. Je ne savais pas ce qui était arrivé à ma famille. Je ne savais pas du tout ce qui se passait.