En tant qu’enfant d’âge scolaire grandissant à Paris, Jannushka Jakoubovitch décrit l’antisémitisme qu’elle a subi parmi ses pairs et dans la société française.  (3 minutes, 58 secondes)  

Témoignage de Jannushka J., 1995. Vancouver Holocaust Education Centre, extrait du témoignage AVT 116.

Transcription

[Texte : En tant qu’enfant d’âge scolaire grandissant à Paris, Jannushka décrit l’antisémitisme qu’elle a subi parmi ses pairs et dans la société française.]  

Jannushka Jakoubovitch : À notre grande surprise, du moins selon ma mère, la vie s’est déroulée comme si de rien n’était. Les Allemands semblaient très heureux et très amicaux. Mais, bien sûr, ma mère ne nous a rien dit, à nous les enfants. Ensuite, nous nous sommes précipités vers Paris. Ce fut une tâche assez ardue, car il n’y avait pas beaucoup de trains. Et il était temps d’aller à l’école. Mais à ce moment précis, il était aussi temps de coudre sur tous nos vêtements l’étoile jaune. Je ne me souviens pas de ce que j’ai ressenti à ce moment-là. Pourquoi ma mère s’est-elle portée volontaire pour aller à la police afin de récupérer ces étoiles jaunes et les coudre de façon très appropriée sur nos vêtements?   

Alors, mon frère et moi sommes allés à l’école, j’avais très hâte d’y aller. J’ai adoré ça. Et malheureusement, ma joie n’a pas duré très longtemps. Je me suis rendu compte tout d’un coup que je n’étais plus la bienvenue.  À ma grande surprise, car j’ai du mal à croire que les enfants puissent être aussi cruels. Peu de temps après, j’ai été insultée par les filles plus vieilles que moi, mais aussi par les filles de mon école. Et j’ai été battue.  

Intervieweur : Vous avez été battue par des écolières françaises?  

Jannushka Jakoubovitch : Des enfants, oui. Ils m’ont dit : « Toi, la juive, tu devrais rentrer chez toi, le couvre-feu est à huit heures ». Je m’en souviens encore. Et elles m’ont insulté. Elles m’ont raconté toutes les obscénités qu’elles avaient apprises de leurs parents. Ces enfants avaient 5, 6 ou 7 ans, pas plus.   

Et je ne me souviens plus de grand-chose parce que j’ai bloqué ma mémoire à ce moment-là parce que c’était trop difficile. Et le professeur a appelé ma mère et lui a dit : « Je ne peux pas prendre la responsabilité de votre fille ». Il faut venir la chercher et la garder à la maison. Et peu de temps après, mon frère a dû rester à la maison aussi.   

Ce qui est terrible, et dont je me souviens très bien, c’est que je pense que mes parents ne croyaient pas que ce serait si terrible, et je ne pouvais pas le comprendre. Tout ça, même s’ils étaient des gens instruits. Ma mère en particulier, était une personne de la haute bourgeoisie très sophistiquée. Peu de temps après, sur les vitrines du magasin de mon père, de grandes étoiles de David ont été peintes, les gens s’y rassemblaient et, peu de temps après, une pierre a été jetée à travers les fenêtres. Les vitres ont été brisées à plusieurs reprises. Il y avait une petite synagogue sur notre rue. [Elle] a été bombardée à plusieurs reprises.  Au début, ma mère nous emmenait parfois magasiner, et c’était une épreuve. C’était un cauchemar. Les gens nous insultaient, nous jetaient des pierres, nous ont dit de rentrer chez nous, en Israël, je suppose… Je ne m’en souviens pas. Et ils nous crachaient dessus. Tout ça reste gravé dans ma mémoire, et dès que je vois deux personnes se battre dans la rue, je ne peux pas le supporter.